
Si tu as déjà vu un vrai combat de Muay Thai, avec musique en direct et tout le cérémonial, tu as dû remarquer qu'il y a quelque chose qui le distingue complètement de la boxe ou du kickboxing. Avant que les coups ne commencent, les combattants exécutent une sorte de danse autour du ring, portent un bandeau sur la tête, des brassards sur les biceps, et une musique hypnotique retentit. Pour un œil non entraîné, cela peut même sembler étrange. Mais tous ces éléments ont des siècles d'histoire derrière eux et une signification.
En Muay Thai, savoir combattre ne suffit pas. La tradition fait partie intégrante de l'art lui-même, à tel point qu'en Thaïlande on dit : "sans Wai Kru, pas de Muay Thai". Décortiquons les symboles et rituels qui font de l'art des huit membres quelque chose de bien plus grand qu'un simple sport de combat.
Le Wai Kru Ram Muay est le rituel que chaque combattant exécute sur le ring juste avant le début du combat. Le nom explique presque tout : Wai est le salut traditionnel thaïlandais (les mains jointes devant le visage avec une légère inclinaison de la tête), Kru signifie maître, et Ram Muay se traduit par "danse de la boxe". C'est-à-dire la danse par laquelle le combattant rend hommage à son maître.
Avec ce rituel, le combattant témoigne son respect et sa gratitude envers ses entraîneurs, son club, ses partenaires d'entraînement, sa famille et ses ancêtres. Tous ceux qui l'ont aidé à arriver jusqu'à ce ring.
Le rituel comporte deux parties bien distinctes :
Au-delà de l'aspect spirituel, le Wai Kru Ram Muay remplit des fonctions très pratiques : il sert d'échauffement, aide le combattant à relâcher la pression, à se concentrer, à étudier le ring et à entrer dans "la zone" avant le combat. Il dure généralement entre 3 et 5 minutes, bien que dans des occasions spéciales il puisse s'étendre bien plus longtemps. Hors de Thaïlande, lors de galas internationaux, il est souvent raccourci pour accélérer le spectacle.
Le mongkon (parfois écrit mongkhon ou mongkol) est ce bandeau ou cette couronne que le combattant porte sur la tête pendant le Wai Kru. C'est, sans doute, l'objet le plus sacré du Muay Thai.
Il est fait à la main, traditionnellement avec de la corde et du tissu, par le maître ou le club lui-même, et il est béni par des moines bouddhistes avant d'être utilisé. Les Thaïlandais croient qu'il apporte protection et chance à celui qui le porte. Son origine remonte aux guerriers de l'ancien Siam, qui attachaient des tissus autour de leur tête et récitaient des prières bouddhistes avant de partir au combat.
Autour du mongkon existent plusieurs règles et superstitions qui sont respectées à la lettre :
Un détail important : le mongkon est exclusif au Muay Thai. Il n'est pas utilisé dans les sports de combat des pays voisins. C'est un signe d'identité purement thaïlandais.
Les prajioud (aussi écrits pra jiad, prajet ou prajerd) sont les brassards de tissu tressé que les combattants portent sur les biceps. Et il convient ici de clarifier un malentendu très répandu, car beaucoup de gens croient que leur couleur indique le rang du combattant, comme les ceintures en JJB ou en karaté. Ce n'est pas le cas, du moins pas dans la tradition thaïlandaise.
Dans le Muay Thai traditionnel, la couleur et le design du prajioud dépendent du club, du maître ou d'une préférence personnelle du combattant, mais il n'existe pas de système standardisé de grades. Certains clubs occidentaux ont tenté de transformer les prajioud en un système de ceintures pour donner à leurs élèves une sensation de progression, mais c'est une adaptation moderne, pas la coutume originale.
Comme le mongkon, les prajioud sont fabriqués artisanalement (traditionnellement avec un morceau de tissu provenant des vêtements de la mère du combattant, bien que ce soit moins courant aujourd'hui) et sont également bénis. La grande différence est que les brassards, eux, restent en place pendant tout le combat, car on croit qu'ils continuent d'offrir une protection au combattant pendant qu'il combat.
Remarque un détail curieux : les combattants thaïlandais qui participent à des combats de kickboxing ou d'autres disciplines hors du Muay Thai continuent souvent de porter leurs prajioud. La légende Buakaw, par exemple, les portait lors de ses combats de K-1. C'est une façon d'emporter avec soi son héritage, où qu'ils combattent.
Voici l'un des détails les plus beaux et les moins connus de la culture du Muay Thai. En Thaïlande, chaque jour de la semaine a une couleur associée, et de nombreux combattants choisissent la couleur de leur prajioud, de leur mongkon, de leur pantalon ou de leurs chevillères en fonction du jour où ils sont nés, pour attirer la bonne fortune sur le ring.
La correspondance traditionnelle est la suivante :
Alors la prochaine fois que tu verras un nak muay (c'est ainsi qu'on appelle les combattants de Muay Thai) porter un pantalon d'une couleur bien spécifique, ce n'est peut-être pas un choix esthétique, mais il porte peut-être la couleur de son jour de naissance pour avoir la fortune de son côté.
Aucun combat de Muay Thai traditionnel n'est complet sans sa bande sonore. La musique qui joue pendant toute la soirée s'appelle sarama (aussi connue sous le nom de Muay Thai Orchestra), et ce n'est pas un simple accompagnement : c'est une partie essentielle du combat.
Le sarama est interprété en direct avec des instruments traditionnels thaïlandais : le pi chawa ou pi java (une sorte de hautbois ou de flûte à anche d'origine javanaise qui porte la mélodie, avec ce son aigu et pénétrant si caractéristique), les klong khaek (des tambours à deux faces qui marquent le rythme) et les ching (de petites cymbales en bronze qui donnent la cadence).
Ce qui est fascinant avec le sarama, c'est qu'il est dynamique. Pendant le Wai Kru, la musique est lente et solennelle, aidant le combattant à se concentrer. Mais quand le combat commence, le tempo s'accélère. Et à mesure que le combat monte en intensité, les musiciens accélèrent encore le rythme, stimulant les combattants et communiquant l'émotion au public. Les musiciens ajustent la musique en temps réel selon le déroulement du combat, créant cette ambiance unique qui enveloppe les soirées dans des stades comme Lumpinee ou Rajadamnern.
Ce contraste entre la sérénité du rituel et la violence du combat, tout cela sous la même musique qui se transforme, c'est précisément ce qui fait du Muay Thai une expérience différente de tout autre sport de combat dans le monde.
Quand on comprend tout cela, regarder du Muay Thai n'est plus jamais pareil. Derrière chaque coup de coude et chaque coup de pied circulaire se cache une tradition transmise de maître à élève de génération en génération, avec ses rituels, ses objets sacrés et sa musique. Le Muay Thai est un combat féroce, oui, mais c'est aussi du respect, de la spiritualité et un héritage culturel. C'est, comme on le dit en Thaïlande, un art vivant.
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